Les nouveaux Renoir de Cagnes-sur-Mer

La ville côtière innove en proposant l’une des 30 monnaies locales complémentaires de France dans 55 commerces.

Cagnes-sur-Mer espère redynamiser le commerce local en incitant les touristes et sa population à acheter dans les magasins de sa région plutôt que dans les grandes surfaces commerciales des environs. Une bonne affaire pour les clients puisqu’ils gagnent 10 % sur chaque transaction, 10 € ayant une valeur de 11 Renoir. L’objectif est d’arriver à 2 ou 3 % des achats de la commune en Renoir, notamment grâce aux futurs développements, qui comprennent dès 2017 la dématérialisation des paiements, effectués sur un smartphone ou un simple téléphone (par sms). Les euros échangés contre des Renoir dans les 9 bureaux de change agréés sont placés sur un compte bloqué pour garantir le capital en circulation ; les euros placés sont réinvestis localement.

Lancée début septembre 2016 en présence de Jacques Renoir, petit-fils de l’artiste, la monnaie a été initiée par la Fédération des Associations de Commerçants et Artisans de Cagnes-sur-Mer en 2015 et portée par Nicolas Gibbe, Président de la Monnaie Cagnoise. Le fonctionnement est le même que celui d’un ticket restaurant : lors du paiement le commerçant ne peut pas vous rendre la monnaie et le Renoir n’est pas remboursable, mais vous pouvez payer une partie en Renoir et une autre en Euros.

Renoir à l’honneur

En hommage au Maître impressionniste qui a passé les 12 dernières années de sa vie à Cagnes-sur-Mer, 4 tableaux -que vous pourrez découvrir au Musée Renoir, au cœur d’un magnifique domaine planté d’oliviers et d’agrumes- ont été choisis.

Les nouveaux billets de Cagnes-sur-Mer

Les 4 billets de 1,5, 10 et 20 Renoir mis en circulation représentent chacun un tableau de l’illustre peintre au recto et les jardins du musée Renoir au verso. 3 500 billets soit l’équivalent de 30 000 Renoir ont été imprimés à par la PME Prooftag à Montauban et disposent d’une pastille argentée, d’un hologramme, d’un flash tag et d’un « Code à Bulles »* qui permet de s’assurer de la traçabilité et la sécurisation de la monnaie.

* Cette technologie originale repose sur le principe aléatoire de bulles d’air à l’intérieur d’un polymère transparent. Cette idée est le fruit d’un heureux hasard. Ces bulles chaotiques étaient à l’origine un défaut de fabrication qu’il fallait combattre.

Une autre voie est possible…

Un tournant majeur a eu lieu en 1971 lorsque le président américain Nixon a suspendu la convertibilité du dollar en or, mettant fin au système monétaire international de Bretton Woods qui datait de 1944. Une décision qui a changé le panorama monétaire durablement, nous faisant alors passer d’un système dans lequel la monnaie matérielle se transformait en monnaie créée. Les autorités Américaines, conscientes de leur position dominante, ont continué à imprimer de plus en plus de dollars et à s’endetter…tout en exportant leur inflation à travers la planète.

La Ferme des Colettes, un tableau du peintre choisi comme billet de 10 Renoir

Depuis, les crises financières de plus en plus graves se sont succédées. Les consommateurs et les épargnants ont fait preuve d’une méfiance croissante envers le système financier international et la crise de l’Euro n’a fait qu’accroître ce manque de confiance.

Les monnaies locales complémentaires, perçues par certains comme un autre système possible, sont en plein essor en France, facilitées par la loi du 12 juillet 2014 qui encadre leur utilisation via un Code monétaire et financier. Outre les 30 monnaies existantes, une 40e sont en cours de finalisation et au total ce sont plus de 100 projets qui sont à l’étude. A Grasse en 2017 la ville lancera le Centifolia, porté par l’association Evaléco, et Nice travaille à la mise en place de son « Nissart », dont le graphisme des billets sera purement niçois et représentera des emblèmes de la ville comme l’aigle ou la chauve-souris.

Les initiatives se multiplient dans la région. Si de nombreuses villes sont tentées par ce type d’échange monétaire qui invite ses usagers à un geste citoyen c’est d’abord parce que l’économie locale en bénéficie. Les consommateurs quant à eux effectuent un acte d’achat qui n’est pas neutre : ils choisissent le commerçant chez qui ils consomment, qui à son tour  prend des engagements pour obéir à certains critères éthiques.

Les grandes baigneuses illustrent les billets de 20 Renoir

Les monnaies locales complémentaires comme le Renoir inspirent aussi confiance parce qu’elles sont consommées (alors que les Euros peuvent être épargnés) et car les Euros placés sur le fonds de garantie sortent du circuit économique traditionnel pour être réinjectés dans l’économie locale. Une impression d’autonomie qui rassure en ces temps incertains.

www.monnaie-cagnoise.fr

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Pour aller plus loin…

Découvrez les noms de monnaie locale complémentaire en projet ou en circulation en France…

  • Abeille (Villeneuve-sur-Lot),
  • Bel (Valence),
  • Bou’Sol (Boulogne-sur-Mer),
  • Chouette (Dijon),
  • Eusko¹ (Pays-Basque),
  • Grain (région Havraise),
  • Luciole (sud de l’Ardèche),
  • Mesure (Romans-sur-Isère),
  • Miel (Libourne),
  • Muse (Angers),
  • Pêche (Montreuil),
  • Radis (Ungersheim),
  • Roue (Vaucluse Bouches du Rhone),
  • Sardine (Concarneau),
  • Sol-Violette (Toulouse),
  • Sonnante (Bagneres de Bigorre et Lannemezan),
  • Tiok (Thoiry),
  • Tookets(Pau)…

¹monnaie locale complémentaire la plus répandue dans une région de France, en circulation depuis 2013.

 

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