A propos de Nice

Ce « point de vue documenté » de Jean Vigo, a été filmé en une journée à Nice en 1930. Durant sa courte vie le réalisateur n’a tourné que quatre films. Ils ont marqué le cinema grâce à leur côté avant-gardiste et décalé.

A propos de Nice fait partie du projet des « Cités symphonies », qui propose, pendant les années 1920, de découvrir la modernisation de différentes villes. En 1930 Jean Vigo rencontre Boris Kaufman, frère du cinéaste russe Dziga Vertov (pionnier du documentaire, oscarisé pour Sur les quais ), avec qui il retravaillera par la suite.

Jean Vigo, en tournage

Malgré les 4 000 mètres de pellicule enregistrée, le film ne dure que 23 minutes mais il est efficace dans sa critique sociale et se veut le témoin d’une époque. Il montre les habitants de la Méditerranée, en opposant deux mondes: d’un côté la bourgeoisie locale, oisive, qui se promène dans les grands hôtels et la Promenade des Anglais; de l’autre les personnes les plus pauvres de la ville, qui vivent dans la misère quelques rues plus loin.

Le témoignage d’une époque

A propos de Nice ne raconte pas réellement une histoire, mais offre plutôt des métaphores  : une jeune femme aisée qui est d’abord habillée, puis assise nue sur un siège en pleine ville ou un cireur qui cire… des pieds nus. C’est une promenade dans une ville à un instant T où l’on voit aussi bien le cadre touristique que l’envers du décor. Fait de contrastes et d’images chocs, le film commence par une vue aérienne et se poursuit par des image tournées avec une caméra détachée du trépied, des plongées et contreplongées, pour laisser place à une satire teintée d’humour et dénoncer les inégalités sociales.

Présenté à Paris le film est accueilli sous les huées et les sifflets. Mais ce premier succès d’estime permet à Jean Vigo d’être distribué aux Ursulines et de tourner un autre documentaire de 11 minutes, au sujet du champion de natation français Jean Taris. Il présente des scènes sous-marines qui lui serviront dans le film L’ Atalante. Il permet ensuite à Jean Vigo de tourner Zéro de conduite en 1933, inspiré de ses années de collège à Millau. Très critiqué par le pouvoir de l’époque, il est même censuré jusqu’en 1945 pour «éloge de l’indiscipline » et « une atteinte au prestige du corps enseignant » .

Au temps des bobines de films…

A l’origine A propos de Nice était muet mais Vigo a demandé à l’accordéoniste Marc Perrone de mettre le film en musique. Celui-ci a eu la bonne idée de reprendre les compositions du niçois Maurice Jaubert, le musicien de Vigo et l’un des inventeurs de la musique de cinéma. Jaubert collabore avec Vigo par la suite et compose les musiques (devenues célèbres) d’Hôtel du Nord, Le Quai des Brumes ou Le Jour se lève de Marcel Carmé. Son talent sera d’ailleurs très apprécié des cinéastes pendant la Nouvelle Vague.

Un homme à la vie courte, passé à la postérité

Fils d’un anarchiste, Eugène Bonaventure de Vigo, connu sous le pseudonyme d’Almereyda, Jean Vigo a été profondément marqué par l’assassinat de son père, ce qui a influencé son style cinématographique et sa démarche globale. Malgré une santé fragile, Jean Vigo débordait d’énergie et de vie. Il suivit un traitement médical pour la tuberculose à Font-Romeu, où il rencontra Elisabeth Losinska, fille d’un industriel polonais, qu’il épousa. Ils s’installèrent à Nice où Jean Vigo fonda le ciné-club « Les Amis du cinema » en 1930, pour y projeter de « meilleurs films » à une époque où la création était tournée vers le divertissement de masse et le cinema comique. N’ayant pas de moyens de faire du cinéma, il se lance pourtant dans l’aventure à 24 ans, grâce à son beau-père qui lui offre une caméra avec laquelle il tourne A propos de Nice, un film en noir et blanc sans acteurs connus.

Amoureux du cinéma, François Truffaut dit de l’oeuvre du réalisateur à la vie éphémère:   « J’ai eu le bonheur de découvrir les films de Jean Vigo en une seule séance, un samedi après-midi de 1946, au Sèvres-Pathé, grâce au Ciné-club de la chambre noire animé par André Bazin… J’ignorais en entrant dans la salle jusqu’au nom de Jean Vigo mais je fus pris aussitôt d’une admiration éperdue pour cette oeuvre dont la totalité n’atteint pas deux cents minutes de projection ».

En 1995 un groupe de cinéastes¹ rend hommage à Jean Vigo dans un documentaire de 100 minutes intitulé A propos de Nice, la suite. Depuis 1951 l’Institut Jean Vigo² récompense chaque année l’auteur « d’un film qui se caractérise par l’indépendance de son esprit et la qualité de sa réalisation ».

A propos de Nice, à découvrir sur Youtube  https://www.youtube.com/watch?v=24Ti_8c6qjI

¹Catherine Breillat, Costa-Gavras, Claire Denis, Raymond Depardon, Abbas Kiarostami, Pavel Lungin et Raoul Ruiz

²www.inst-jeanvigo.eu

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Le saviez-vous

Anouk Aymée pendant le tournage de Mauvaises rencontres, d’Alexandre Astruc (1955)

Nice a de forts liens avec le cinéma puisque dès 1919 deux producteurs, Serge Sandberg, et Louis Nalpas achètent une propriété horticole de 7 hectares, la « Victorine » dans le quartier ouest de Nice, à Saint Augustin. Ils y construisent des studios et dépensent une fortune pour le 7e art mais finissent par vendre l’ensemble en 1924 au réalisateur américain Rex Ingram. Les studios La Victorine deviendront par la suite les studios Riviera.

Au moment de l’explosion du cinéma parlant, Gaumont prend la suite et les grands réalisateurs des années 1930 tournent souvent à Nice. Des films connus comme Et Dieu cria la femme, Le Gendarme de St Tropez ou La nuit américaine ont été tournés dans ces studios.

 

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